Parentalité En Suède : Même Le Cadre Idéal A Ses Limites
- Ruth Manou

- 18 janv.
- 2 min de lecture
Ces derniers jours, j’ai eu le plaisir de participer à une discussion aux côtés de Laurène Dervieu et Maxime Krummenacker, invités à répondre aux questions de députés français sur nos expériences de parents français vivant en Suède (dans le cadre de la mission "Causes et conséquences de la natalité en France")
L’objectif était de partager un vécu de terrain, loin des fantasmes comme des caricatures, sur ce que signifie réellement élever des enfants dans un pays souvent cité en exemple.
Une question, en particulier, m’a arrêtée net par sa justesse. Je la paraphrase ici :
« Si les conditions sont si idylliques en Suède, qu’est-ce qui fait que vous ne faites pas plus d’enfants ? »

Il faut le dire clairement : la Suède a mis en place de nombreuses conditions qui rendent la parentalité plus douce. Par exemple :
Une place en crèche garantie dès le premier anniversaire de l’enfant
Un congé parental réparti entre les deux parents, qui normalise l’implication des pères et rééquilibre, au moins en partie, la dynamique du couple
Une reconnaissance des enfants comme des personnes à part entière, dans l’espace public comme dans la société
Une organisation du travail où devenir parent n’est pas automatiquement perçu comme un désengagement professionnel
Et pourtant. Même le cadre le plus facilitant n’efface pas le raz-de-marée intérieur que représente l’entrée dans la parentalité.
Aujourd’hui, la parole est largement libérée (foi de podcasteuse), et l’on parle plus ouvertement de ce que la parentalité demande, coûte et transforme.
Et plus cette parole circule, plus l’ampleur des défis devient visible. Parmi ceux qui reviennent le plus souvent :
Le tiraillement au moment de retourner travailler, même lorsque l’on sait son enfant en sécurité et bien accompagné
La fragmentation de l’identité personnelle et professionnelle, avec les remises en question profondes qu’elle entraîne
Le poids des injonctions et des attentes sociales, qui persistent quel que soit le pays ou le système
La responsabilité immense que représente le fait de prendre soin, durablement, d’un autre être humain
Et encore, ici, on ne parle que de la décision de devenir parent et des premières années.
On ne parle même pas de ce que cela signifie de faire grandir un enfant dans un monde perçu comme de plus en plus incertain, voire anxiogène, sur les plans géopolitique, écologique, numérique, pour ne citer que ceux-là.
Mon regard est évidemment façonné par mon propre parcours : un retour au travail difficile après la naissance de mon deuxième enfant, et ce que j’observe aujourd’hui chez certaines des femmes que j’accompagne en coaching.
Des femmes compétentes, engagées, lucides, qui ne manquent ni de désir ni de ressources, mais souvent aux prises avec les défis de la parentalité.
C’est pour cela que la question posée ce jour-là continue de me travailler. Alors je vous la renvoie, sans réponse toute faite :
Même dans des conditions idéales, qu’est-ce qui pourrait encore vous faire hésiter à devenir parent ou à le redevenir ?
Et si vous pouviez créer vos conditions parfaites, qu’est-ce que vous changeriez concrètement ?
Un grand merci à Xavier Schmitt pour le cadre stimulant de ces échanges, à Laurène Dervieu et Maxime Krummenacker pour la richesse des partages, et aux députés pour cette initiative et la qualité de leurs questions.



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